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La mine des conseillers
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La mine des conseillers

L'information n'est plus « un coût marginal» de l'exercice du pouvoir. 

La communication est le contraire de la rétention. En ce sens, elle est « dépensière » et heurte les comptables. 

Tout comme la conquête de la Lune, la communication est un coûteuse. Pauvres s'abstenir. 

Accuser la communication d'être du vent, revient à nier le rôle des alizés dans l'avance des voiliers.

La communication de masse orchestre les relations collectives. Fait et défait les gloires. Elle est un vaste chantier de compétences, d'enjeux financiers, d'images et d'emplois. 

Qui contestera la suprématie des « parleurs » sur les «scripteurs», de l'image sur l'écrit, de l'émotion sur la déduction? Le degré d'aptitude à la mise en scène plutôt qu'au cisèlement d'avis éclairés, devient la mesure d'influence des princes médiatiques. 

La communication est désir. Seule une proximité insaisissable déclenche la convoitise. Plus loin, en amont et en aval, il y a   l'indifférence. 

Tous les métiers de communication se retrouvent dans l'espace où il faut concocter la potion magique qui allumera les spots d'une attirance toujours renvoyée à l'horizon des mirages. 

Les gens de communication ont-ils pour vocation de « pousser » les héros, moteurs d'une société en cours d'aménagement? Alors, ils doivent être encouragés. Si leur rôle consiste à faire des vagues en faveur de parasites, ils sont encombrants. 

Les héros lucides se font aider dans leur ascension médiatique. Aux conseillers en héroïsme revient le soin de préparer le bivouac, la cordée du lendemain ou le cercueil final en cas de dévissage. 

Tout est acceptable dans la communication promotionnelle en faveur d'objets manufacturés. Les coups de projecteurs et les pitreries à répétition. La surenchère ou les contre-vérités. Seul l'agrément physiologique (du public visé) est finalement concerné. Utiliser les mêmes mécanismes pour promouvoir l'inutile, voilà qui est moins acceptable. Trop jouer avec la dignité de l'homme ou la respectabilité d'une idée, déclenche une inconsistance tapageuse promise au désaveu. 

Les gens de communication sont des mécaniciens de mythes collectifs élevés à hauteur planétaire via les nouveaux médias électroniques. Ces gens n'en sont ni les créateurs ni les maîtres. 

La finalité d'un bon conseiller en communication est de se rendre inutile le plus vite possible. 

Le communicateur de talent est celui qui propose, au bon moment, le bon solo avec le bon orchestre médiatique. 

Les gens de communication deviennent les metteurs en scène du jeu social. En attendant, ils continuent d'essuyer le sarcasme des seigneurs de l'ère précédente, aristocrates dépassés, en demeure d'accueillir à leur table ces nouveaux mal élevés indispensables. 

L'art de dire et de faire n'importe quoi en matière de communication, consiste à fournir des ordonnances à l'allure pontificale dont le contenu est fait pour l'essentiel de bric et de broc, de zig et de zag. 

Il y a désormais davantage de spécialistes de la communication hors des médias qu'en leur sein. 

Si les gens sincères de communication pouvaient être des oiseaux scrutant les sujets qu'ils survolent, l'envie les saisirait de voler sur le dos. 

Conseiller Technique chargé de l'information dans un cabinet ministériel bien en vue, il avait pour patron une femme de province, devenue ministre par accroc. Il avait fallu l'aider à choisir son mobilier parisien, lui tenir compagnie quand elle avait le mal de sa famille, lui expliquer l'incompréhensible pour elle, convaincre les rédacteurs de gazettes que ses hautes fonctions n'avaient rien d'un gadget, qu'elle y faisait même des progrès. Tout cela pour des mois d'ennui, trois lignes glaciales dans le Journal Officiel et une carte barrée tricolore. 

Passer son temps à désosser les croyances sociales pour bien les transmettre conduit à ne plus beaucoup croire en elles. 

Il suffit bien souvent de sortir des villes pour constater que la dose idéologique introduite dans la communication marchande diminue rapidement en s'éloignant des centres urbains. Elle y renseigne, alors, avant d'enjôler. 

Pour bien huiler des rapports sociaux, rien de tel que de se promener dans les corridors de l'apparat avec un sourire vaseline. Excellentes en cela, certaines attachées de presse vieillissantes dont le rire automatique crible le visage de mondanités un peu cuites. 

Le rêve de tout publicitaire est de partir en vacances plus bronzé qu'il n'en revient. Il a également réussi quand sa montre indique l'heure avant celle des autres. 

 

Il serait surprenant que la publicité ne se révèle pas être, un jour ou l'autre, une technique primaire de communication considérant les consommateurs comme une espèce zoologique à gaver. 

Pour les publicitaires, Eros est l'adjuvant majeur du camelotage moderne. A bien y regarder, l'humour s'avère pourtant meilleur liant. Les cochons de payeurs ne peuvent-ils pas, en effet, rire sans restriction alors que tripoter à travers l'écran, les seins de Miss Pommade reste un exercice  improbable. 

Parler de ce que l'on ne vend pas pour vendre ce dont on ne parle pas, voilà la mission assignée aux gens de communication. 

 

Pour s'exprimer, la publicité achète sa place dans les médias. Cette manière quasi monarchique de communiquer cède progressivement le pas, en parallèle, à des formes de messages  discrètement plus efficaces, par meilleure intégration dans le tissu rédactionnel médiatique. 

Dans leur rôle de gigantesques machineries « à relations », les grandes entreprises  sentent bien que les mots écrits deviennent trop plats pour cimenter la cohérence et entretenir l'enthousiasme des hommes. Les rituels à grand spectacle tendent donc à écarter les discours présidentiels traditionnels. Les saltimbanques arrivent dans les états majors. Pourvu que cela ne tourne pas aux claquements d'oriflammes et aux pas cadencés. 

« Vous finirez gitan », lança, perfide, le Président d'un grand groupe financier à son homme de communication venu lui rendre une ultime visite avant séparation. De fait, la position du bon conseiller se situe entre un statut de casanier et une trajectoire de touareg. 

L'illusion du pouvoir, une vanité intolérante et un rien de susceptibilité forment les ressorts habituels du héros traçant sa route médiatique. 

Bien apprécier l'homme qui cherche un maître d'école pour le préparer à son brevet d'apprenti héros. Cet homme est-il graine de héros, héraut, ou éros insatisfait? 

Le héros médiatique est un nomade provisoire. Obligation de transhumance. Appropriation précaire de territoires où planter sa réputation... Le conseiller joue auprès de lui le rôle de berger, d'agent immobilier...

Un pilote de Boeing talentueux n'a aucune prédisposition à devenir contrôleur aérien. Il en est de même pour ces journalistes que l'on place aux manettes de la communication dans les entreprises. 

Les règles du jeu nécessitent, pour un temps encore, une organisation verticale de structures entreprenantes. En terme de communication, une des conséquences les plus visibles est la forte étanchéité des circuits de compétences entre eux.

Le gigantisme des entreprises les prépare mal à la communication. Dotées d'armatures idéologiques aussi rigides que leurs structures matérielles, elles sont à la merci d'un processus d'imprécation. Une mauvaise rumeur les coucherait sur le flanc. 

Le climat marketing affadi par la saturation des marchés, conduit les entrepreneurs guerriers à se déplacer sur le terrain de la communication. Des mercenaires idéologues à la voyelle poignard. sont leurs nouveaux aides de camp . 

Contrairement aux sciences exactes, la communication de masse est, par nature, le théâtre obligé des approximations. 

En matière de communication, les résultats tangibles intervenant après l'oubli des actes, toutes les erreurs sont permises. 

Dans le monde miroitant de la communication, sont légions les faux semblants, les vraies incompétences et les positions usurpées.

Quand un cadre supérieur en bonne santé croise son homologue enrhumé, il ne lui tend même plus son mouchoir.

Il existe des guerriers dans l'entreprise qui tentent entre eux des coups, mine de rien. Aux hommes dont la communication est la responsabilité, d'accepter avec ironie que leur domaine serve d'exutoire à ces courageux fuyant les chocs frontaux. 

Au donjon des sociétés, des hommes loups, communiquent à coup de lames de rasoir. Un des leurs, dominant de surcroît, abîme-t-il malencontreusement son maroquin? Voilà les autres accaparés à élargir les dégâts, la mine compatissante. Fourbue et livide, la victime finira bien par chuter... 

Les luttes au sein des équipes dirigeantes pour conquérir des positions relationnelles dominantes, ont au moins l'avantage d'entretenir à un haut degré d'incandescence les neurones cervicaux des gladiateurs en piste. 

Le héros bien vivant exige de ses conseillers qu'ils lui obtiennent cette admiration figée que l'opinion réserve habituellement aux morts. 

Les bons praticiens en communication de masse ont, parfois, ce manque de culture qui explique leur efficacité. 

 

Il y a une différence certaine entre les sots bruyants de la promotion épicière et les princes de l'embrouille. 

La névrose bénigne est un trait psychologique habituel du leader. Le conseiller devrait être, selon les cas, son Valium ou ses amphétamines.

 

La vénération des fidèles les incite à reporter les erreurs du chef sur ses collaborateurs appelés en consultation. Pratiquer le dos rond tant que cette injustice reste bienséante. Au-delà, mettre le feu sans appeler les pompiers. 

L'attrait des humains pour le gibier faisandé et les fromages forts, vaut avertissement pour les porte-paroles voulant informer trop « fin ». 

Les journalistes connaissent bien les limites de leur rôle. Leur libre arbitre sur le choix et la forme des informations est proche du zéro. Les impératifs de l'actualité et la ligne de conduite des médias qui les emploient, constituent les fondements de leur ligne de conduite. 

La plupart des journalistes méritent sympathie. Tout particulièrement lorsqu'ils manifestent leur talent dans les quelques rares zones de liberté que laissent échapper les contours plombés de leur travail. 

Observer la trajectoire de certains journalistes, revient à noter qu'ils passent leurs premières années à parler de sujets qu'ils ignorent et à consacrer les dernières, à taire ce qu'ils savent. 

« Ci-gît l'ombre de nos compagnons de communication, ceux dont la course à l'événement s'est achevée dans une lucidité immobile ... » 

Tout comme l'eau minérale ou les couches-culottes, ce n'est pas l'information qui coûte cher mais son transport. 

Bientôt, cependant, on dira: ce n'est pas le transport de l'information qui coûte le plus cher mais sa production. La lumineuse vélocité des satellites relayeurs et le besoin boulimique pour les télévisions, par exemple, de fabriquer en continu des images de plus en plus élaborées, expliquent ce renversement de tendance. 

L'inconsistance praticienne de la plupart des conseillers en communication est telle qu'ils ne rencontrent aucun mal à se retrouver chez des employeurs de même nature. 

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