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A la cour des médias
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À la cour des médias

 

Après le temps des hauts fourneaux, voici venu le temps des hauts parleurs.  

La magie des médias serait-elle en voie de soumettre la logique des dirigeants à quelques tentations incalculables ? 

Les médias bâtissent leur existence sur l'usage des mythes. 

L'avant-goût du nectar médiatique conduit aux insatiabilités. 

La presse est devenue le premier pouvoir convocateur

La communication doit être persuasive et médiatique. Persuasive, parce que les vérités absolues à transmettre sont rares. Médiatique, car l'opinion n'étant plus à portée de voix, des mégaphones sont indispensables. 

Il y a vraiment des mécanismes de communication de masse. Des machinistes savent les mettre en marche ou les arrêter. Au-dessus de ces mécanismes et  machinistes, il y a ceux qui jouent avec. Le malin est celui qui comprend que tout cela peut ouvrir la voie à la salle des Jeux. 

L'actualité fait l'objet d'une bourse des valeurs, avec cotation quotidienne. Profiter des cycles médiatiques, c'est prendre des dividendes sur l'actualité et céder ses actifs avant que les cours ne  s'effondrent. 

Dans l'entreprise électorale, le rôle affecté aux médias est de proposer le rêve comme prémices des programmes futurs. L'«état de grâce» définira ce no man's land correspondant à une chute de conscience de l'opinion dans des phantasmes où tout paraît possible, avant le réveil. 

Entre le fait médiatique de relier les gens et le rôle social des religions, il y a plus qu'une ressemblance. 

La propagande prend sa racine dans les attentes du groupe social. 

Les radios ont plus contribué à la notion de nation moderne que les parlements.

En terme relationnel, les media ne sont ni des opposants doctrinaires intraitables ni des institutions porte-paroles du discours public / politique. La vision d'une alliance objective ou d'un combat sans merci entre les responsables de la vie publique et les media est une vision simplificatrice / réductionniste. 

Icônes de temps modernes, les media conservent une dimension magique.​

 

La périodicité qui s'impose aux media, par nécessité industrielle, crée des zones d'ombre dans le traitement de l'actualité. Elle détermine, dans une large mesure, l'actualité. 

Les media sont soumis aux systèmes d'attente de l'opinion consommatrice qui ne peut intégrer qu'une faible part de nouveautés par rapport à l'acquis.

Les media sont sensibles aux modes. Quand une tendance se dessine, ils ont une propension à favoriser un auto-allumage de la tendance, sans réels rapports avec les faits tangibles justifiant l'émergence d'une telle actualité. Dans un deuxième temps, on note une contagion brutale et éphémère entre ces médias. Dans un troisième temps, la « tension » informationnelle disparaît aussi vite qu'elle est apparue.

 

L'influence omniprésente des lobbies dans le processus de circulation des informations, agit sur la ligne de conduite des media. Saturés de messages efficaces et légitimes, les media n'ont ni le temps, ni les moyens de les vérifier dans le fond. Ils se limitent à les trier.

Les médias sont les icônes de l'instant. Aucune différence significative, sauf de durée, entre le triptyque des « Très riches du Duc de Berry» au Moyen Age et les va-et-vient présidentiels sur les écrans de la télévision. 

Les mass médias servent et asservissent. Le dire autour de soi et s'arranger pour être du bon côté. 

Il est dit, quelque part, que le fini est une plissure de l'infini. Dans cet esprit, on pourrait soutenir que les événements sont les plis de l'actualité. 

Pour saisir les règles de fonctionnement de l'information médiatique, il est opportun de prendre bonne distance avec ses impressions immédiates. Lire régulièrement la presse ou regarder assidûment la TV ne permet pas de se décréter bon manipulateur des mécanismes de communication. 

Les médias sont davantage des masseurs que des messagers

Les médias gèrent une familiarité superficielle avec les sujets les plus variés. 

Lorsqu'il faut transmettre à la presse une donnée compliquée à laquelle elle n'est pas habituée, une sérénité est de rigueur au moment du résultat médiatique réel.

Il est naïf de désigner les médias comme alliés doctrinaires de telle ou telle option idéologique. C'est également un manque de discernement de les taxer de réfractaires ou de complices des discours économiques. En bref, la vision d'une alliance crapuleuse ou d'un combat sans merci entre pouvoirs et médias paraît hors propos. Une dialectique souterraine fonctionne de manière plus nuancée. 

Créant davantage d'événements qu'ils n'en relatent, les médias entretiennent l'apparence de pseudo crises. En fait, ils neutralisent la nouveauté vraiment créatrice. Pour peu que l'on n'y prenne garde, les vecteurs de communication finiraient par n'être que des machines sociales de diversion. 

Les médias ont tendance à concentrer l'origine de leurs informations sur des émetteurs institutionnels implicitement réunis dans une sorte de « cartel de porte-paroles ». 

Les médias se conforment aux lois du marché (produire et vendre de l'information). Par là même, ils sont soumis aux attentes de l'opinion consommatrice... 

La vertu de la presse est d'afficher la faiblesse des appareils sociaux dont la tentation est de mettre en avant la seule vertu. 

Ce sont les médias qui informent la famille sociale des « jeux du front». Ce sont les membres de la famille sociale {public, leaders, environnement) qui informent les médias. La roue tourne. Les roueries peuvent commencer . 

Le héros moderne est contraint de déléguer aux médias, instables dans leurs coteries successives, le soin de le rendre aussi pérenne que possible. La tragédie peut commencer. 

Communiquer à grande échelle nécessite d'avoir accès aux réseaux d'influence. Avoir quelque chose à dire est inutile si l'on ne possède pas les moyens d'acquitter son ticket d'entrée dans l'arène médiatique. C'est la primauté de la caissière sur le messager. 

 

La mise en lumière des failles profondes du système social ou une contribution réelle à l'évaluation des erreurs en cours, voilà qui n'entre pas vraiment dans la mission des médias. 

Sous couvert d'information, les médias remplissent d'autres missions. Entre autres, ils compensent, par le récit ou l'image onirique, les frustrations individuelles issues des contraintes sociales. 

Les médias présentent une caractéristique pédagogique opposée à certains livres éducatifs. Alors que les ouvrages scolaires apprennent à apprendre, les médias apprennent à oublier. 

Soigneusement prescrite, une thérapie médiatique a des effets des plus heureux. Mal dosée, elle déclenche des chocs cardiaques. 

En période de déficit d'actualité, on peut vérifier la facilité médiatique à transformer des insignifiances en faits événementiels par le simple fait de les véhiculer. 

Sur le lieu de l'événement il ne se passe rien. Le même calme peut être enregistré au centre de l'œil du cyclone ou du moyeu de la roue. C'est le transfert, par les médias, de ce rien vers la périphérie qui donne consistance à l'actualité. 

Les attentats apportent la preuve lugubre de l'incapacité des médias à gérer, en temps réel, un événement qui leur « échappe ». Acculés à des commentaires approximatifs, on voit ces grands vaisseaux de l'information révéler, à cette occasion, que leur dimension magique ne fonctionne qu'en vie normale

En raison d'une prise insuffisante sur des faits imprévus, aléatoires,  discontinus, les médias ne digèrent la réalité d'un événement qu'à contre-temps et ne la relatent qu'en une certaine fiction,

Tout comme les hommes se lèvent chaque matin à la même heureles médias livrent leurs éditions avec une rigueur de métronome. C'est la périodicité des vecteurs d'information qui détermine largement l'actualité...

Les médias fonctionnant par boucles successives, il suffit de s'absenter pendant un orage défavorable. 

Dans les « affaires » défrayant la chronique, une des difficultés occultes tient à la non harmonisation des calendriers respectifs des acteurs en présence. A l'instant T de l'actualité, c'est l'embrouille et la presse est toujours la plus rapide. 

Tout est média. Bouche, main, sexe, vêtement, voiture, montre, table, train, avion, téléphone, billet de banque, drapeau, page et livre, bar, plage, lit, fleur, photo, journal, TV, radio, Internet ...

Pour qui s'occupe de communication sociale, économique ou politique, le fait majeur de ces dernières années est la diversification des sources d'information. On n'insistera jamais assez sur le nombre et l'influence des nouveaux « groupe médias» et, surtout, des réseaux digitaux. 

Il y a une nette propension des cabinets ministériels à se faire entendre de leurs collègues par le biais de la presse. La méthode peut être efficace, bien qu'il soit un peu absurde d'utiliser un mass média pour s'influencer entre soi. 

Une certaine communication de masse s'effondre... Arrive une communication à base de micro-palpeurs, d'écrans et de mémoires électroniques...

Pourquoi ne pas établir un parallèle entre le nouveau pouvoir des grandes surfaces commerciales et celui des mass médias? En tant que distributeurs, tous deux ont accaparé une position dominante entre la source et la consommation finale. 

La ville est le premier des médias de communication sociale. C'est à dire un lieu de passage en vue d'échanges ponctuels. Les gens de terre l'avaient bien compris qui y séjournaient, seulement, pour commercer, palabrer et se distraire... avant de retourner au vert.

Carrefours de communication, les restaurants d'affaires sont des points d'eau dans la jungle urbaine. Des bipèdes bien rasés s'y rencontrent dans une atmosphère pseudo conviviale, avant de disparaître. 

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